CECI EST UN APPEL À L'ACTION, À UN SURSAUT
SALUTAIRE, UN QUESTIONNEMENT FACE AUX DIFFICULTÉS
ET PRESSIONS subies par les mahorais, un
hymne à la dignité, à l'esprit d'initiative et de responsabilité.
En effet, "rien ne va plus à Mayotte", semble
être le cri de ralliement de nombreux intellectuels et
cadres mahorais, qui semblent par ailleurs être frappés
par l'inertie et la morosité. Ils sont aujourd'hui
tous habités par un sentiment de découragement, qui
d'ailleurs pousse certains à fuir leurs responsabilités
quand ils ne croisent pas les bras. Ils prennent l'habitude
de prendre des airs ahuris devant des actes dont
la gravité insulte notre dignité.
Le pire c'est qu'au lendemain de la décentralisation,
nombreux sont les cadres mahorais de la Collectivité
Départementale de Mayotte qui se plaignent du
mépris de la direction générale du Conseil Général et
de la transformation de leurs postes à responsabilités,
en coquilles vides. Il est vrai que l'administration
du Conseil Général tend de plus en plus vers une certaine
centralisation et une bureaucratie excessives,
vers la personnification du pouvoir de décision. Ici au
lieu de solutions, on invente des problèmes, au lieu
d'actions, on suggère de nouvelles études et les "sous
fifres" se voient condamnés à ne relayer, en choeur
que l'unique voix du seul "timonier".
Il est aussi vrai que les portes de la participation aux
décisions sont devenues hermétiques pour beaucoup
de responsables mahorais, qui sont eux-mêmes transformés
en une espèce de carapace vide, derrière
laquelle se cache soit un individu considéré comme
dangereux par l'administration, soit un larbin au service
de l'aliénation de son peuple.
Face aux difficultés que connaît notre île et face aux
défis qu'elle est appelée à relever, est-il responsable
de continuer à demeurer dans la passivité, la résignation
et à se perdre dans des lamentations interminables
? En tout cas, Mayotte ne pourra pas se construire
sans la contribution des Mahorais. C'est à partir de
soi que l'on construit sa dignité, sa liberté, son rêve.
1.Cette situation d'oppression et d'asservissement
que connaissent aujourd'hui les cadres et intellectuels
mahorais n'est pas le fruit du hasard. C'est une
stratégie bien rodée, c'est un calcul tactique qui
masque les pratiques colonialistes de certains, motivés
avant tout par leur confort et intérêts propres.
Il est donc temps de saisir la portée réelle des intentions
de leurs instigateurs qui continuent comme par
le passé à vouloir nous enfermer dans leurs complexes,
leurs fausses et dénigrantes prétentions.
Comment font-ils les fonctionnaires qui viennent travailler
à Mayotte pour justifier les avantages faramineux
qu'ils obtiennent ici (qu'ils ne pourront jamais
obtenir nulle part ailleurs) ? Comment font-ils pour
en réclamer d'avantage ?
D'abord, il s'agit pour eux de porter systématiquement
un regard négatif sur Mayotte et sa société,
parce qu'il faut arriver à démontrer qu'ici c'est le Far
West, qu'ici il ne fait pas bon vivre, que c'est un vrai
sacrifice d'accepter de venir travailler à Mayotte. Et
cela mérite d'énormes compensations, qui rendront
cette île attractive. Cette pratique rappelle bien les
méthodes de travail, souvent décriées de certaines
organisations internationales en Afrique. En effet,
hantées par le besoin de voir leurs programmes (ainsi
que les avantages qui vont avec) financés par les
bailleurs, elles n'hésitent pas à présenter l'Afrique
avec la même vision misérabiliste.
C'EST D'AILLEURS, à partir de ces arguments qu'un
rapport va être soumis à l'approbation des élus du
Conseil Général, pour l'instauration dans les services
de la CDM de l'indemnité d'éloignement en faveur des
fonctionnaires titulaires venant de la métropole
affectés à Mayotte à compter du 1er janvier 2006 et
qui propose d'étendre le bénéfice de cette disposition
aux agents non titulaires venant de la métropole
affectés à Mayotte.
Avez-vous conscience de ce que cette indemnité d'éloignement
représente ? Il suffit juste de prendre le
décret n° 96-1028 du 27 novembre 1996, à peine évoqué
dans le rapport pour faire vous-même une rapide
simulation financière que la direction générale n'a
pas osé présenter aux élus. Concrètement pour un
fonctionnaire marié avec 3 enfants et un traitement
indiciaire de 4.000 euros, cette indemnité d'éloignement
représenterait la coquette somme de 4.000
euros X 23 mois X 25 % (majoration familiale), c'està-
dire 115.000 euros environ, auxquels il faudra ajouter
les frais de déménagement et de transport de
50.000 euros environ, ce qui équivaut à une indemnité
totale hors salaires et primes d'un montant de
165.000 euros ! soit l'équivalent de 19 emplois au
SMIC local. En recrutant 10 fonctionnaires territoriaux
venant de métropole, avec l'octroi de leur
indemnité d'éloignement tant réclamée, nos élus doivent
comprendre qu'ils tueraient ainsi 200 emplois,
rien que par cette indemnité (salaires, primes, logement
et charges patronales non compris).
La raison principale invoquée pour l'instauration de la
majoration des traitements de métropolitains installés
à Mayotte, est donc la nécessité de rendre attractifs
les services à Mayotte, parce qu'il manquerait les
compétences au niveau local et parce que le coût de
la vie y est particulièrement élevé. Mais il faut arrêter
l'hypocrisie, parce que l'argument sur le manque
de compétences locales est régulièrement invoqué
dans les hautes sphères de décisions pour justifier des
choix parfois bien discutables. De plus, en un siècle
et demi de présence française sur ce territoire et 30
ans après la création du Conseil Général de Mayotte,
y-a-t-il vraiment eu la moindre volonté de former la
population locale à l'exercice de responsabilités,
alors que tous les pouvoirs étaient concentrés entre
les mains d'un super gouverneur ? La préparation de
la décentralisation est un exemple éclatant de cette
absence de volonté, avec son pompeux "programme
de formation des cadres mahorais" célèbre par son
opacité, ainsi que ses multiples "chargés de mission
décentralisation". A quoi ont-ils servi ?
(...) IL EST TOTALEMENT MALHONNÊTE de noircir le
tableau quand il s'agit de parler de notre belle île,
alors que beaucoup de ces fonctionnaires se bagarrent
pour y rester, même après les 4 ans, parce qu'ici
ils bénéficient d'une vie de rêve sous les tropiques,
telle qu'ils ne l'auraient jamais envisagée même dans
leurs fantasmes les plus osés. (...) Ensuite, il s'agit
pour eux de jeter l'opprobre sur les cadres et intellectuels
mahorais, qu'ils n'hésiteront pas à qualifier
d'irresponsables, d'incompétents, de mauvais gestionnaires,
en même temps qu'ils dressent d'énormes
couronnes de lauriers pour leurs semblables qu'on
décrète bons sans qu'on sache trop pourquoi.
L'objectif est aussi d'arriver à démontrer que les
responsables mahorais sont des gens incapables de
réussir les projets qu'ils mènent, qu'ils sont souvent
échec et médiocrité, qu'ils ont besoin d'être ou
"maternés" ou encadrés de façon draconienne. Pour
ce faire, on va comme d'habitude chercher l'exception
pour faire croire à une généralité.
Il s'agit aussi d'arriver à inculquer à l'élite mahoraise,
un certain complexe d'infériorité qui la paralysera au
quotidien et inhibera sa détermination, son audace,
son sens de l'intérêt collectif, de la responsabilité et
de l'initiative... Cette pratique qui a déjà fait ses
preuves à Mayotte et ailleurs, est aussi un puissant
outil d'aliénation, qui peut entraîner chez certains le
mépris d'eux-mêmes, la déresponsabilisation, la
démission par rapport aux valeurs fondatrices de
notre société, de notre vision du monde.
C'est une méthode quasi infaillible et qui marche à
coup sûr chez des âmes faibles. Pour le vérifier, il
vous suffit de voir ce qui se passe aujourd'hui au
Conseil Général de Mayotte, où la fonction publique
entraîne chez les Mahorais, une réelle perte de motivation
et de mobilisation de ses ressources humaines,
avec une tendance vers la perte de la conscience et
l'éthique professionnelle. Pire encore, les conflits
d'intérêt entre les Mahorais minent le fonctionnement
des différents services, où chacun cherche à
mettre à l'autre des bâtons dans les roues.
DANS CE CONTEXTE MALSAIN (d'attirance-répulsion),
mais fomenté et tramé par nos contempteurs, certains
responsables mahorais se laissent aller, abdiquent
et laissent se créer dans leurs services, une
culture bureaucratique dont le trait dominant est
l'improductivité, la lenteur et la lourdeur administrative,
le clientélisme, la promotion canapé, l'attitude
méprisante vis-à-vis des usagers et complaisante
envers les usagers recommandés, la confusion entre
intérêt général et intérêts privés, le blocage des dossiers,
le sabotage, le règlement de comptes... (...)
Soit on crée des rumeurs de malversations, soit on
leur enlève tous les prérogatives et moyens de fonctionnement,
dans le sens de les faire craquer ou de
tuer purement et simplement leurs services. En agissant
ainsi, ils redoutent que la libération des élans et
des énergies étouffées ne signe la fin de leurs privilèges
indus (sachant que la valeur de la réflexion intellectuelle
est irremplaçable) ou ne mette à nu leurs
extraordinaires carences.
(...) Ainsi, en discréditant et en mettant hors circuit
nos meilleurs éléments, on justifie le recrutement
massif de certaines personnes à qui on a promis
monts et merveilles et qui sur place confondent souvent
rigueur et arrogance, dans l'exercice de leurs
fonctions. (...) Et enfin, si cet arsenal de déstabilisation
que je viens d'évoquer n'a pas fonctionné, alors
ils peuvent passer à la vitesse supérieure, à savoir
manigancer une campagne de dénigrement et d'intimidation,
qui consiste à faire croire à l'existence de
malversations financières et à brandir le spectre de
la chambre régionale des comptes. C'est la culture de
la peur, qui d'ailleurs, porte ses fruits auprès de nos
élus.
(...) Derrière les discours humanistes et universels se
dissimule une entreprise de domination. Derrière les
discours égalitaires et de progrès se cache une entreprise
d'asservissement de l'autre. Derrière les discours
de rigueur et de bonne gouvernance se cache
une politique machiavélique d'exclusion et de discrimination.
2. Reconnaissons que nous avons dans cette situation
notre part de responsabilité, de par nos agissements
et manoeuvres de tous les jours, qui ne nous
honorent pas et font que certains élus ne nous font
plus aujourd'hui confiance.
Il est vrai que le fond du problème effectivement est
celui de la responsabilité de ceux qui ont les moyens
de résister (les intellectuels mahorais) et qui semblent
ne pas faire autre chose que de palabrer matin
et soir sur des sujets, sans intérêt pour l'avancement
de la cause mahoraise, ou encore d'exhiber les apparences
et les faux signaux de richesse qui valent d'avantage
que notre capacité à faire des choses. Il est
vrai qu'il s'est forgé chez nous l'idée que le statut de
citoyen naît des signaux qui nous différencient des
plus pauvres.
Notre frustration vient aussi du fait que nous plaçons
nos espoirs d'être entendu chez ceux d'entre nous qui
sont placés à des niveaux importants de responsabilités,
assez pour défendre l'intérêt général.
Malheureusement, une fois parvenus, ils semblent
juste occupés à exalter leur réussite personnelle et
heureux d'accéder au rang de porte-voix du "timonier".
Qu'ils brillent par leur incompétence et qu'ils
soient transformés en instrument de déstabilisation
et de dénigrement de leurs pairs ne les empêche pas
de dormir, pourvu que leur promotion personnelle
soit assurée !
IL EST VRAI AUSSI QUE NOUS AVONS de vrais problèmes
pour nous penser et nous mouvoir dans cette
société française, parce que nous avons souvent l'impression
que les lois sont là pour nous interdire les
choses et pas pour garantir notre liberté, nous permettre
de nous émanciper et trouver notre voie.
Il est vrai, enfin que nous aurons toujours en face de
nous les mêmes sourires narquois, les mêmes propos
qui démobilisent et qui dénigrent, mais pourtant il va
falloir exister et marquer notre présence.
Nous sommes responsables de cette situation, parce
que certains d'entre nous se désintéressent complètement
du devenir de notre île et de sa population
(...). Nous sommes responsables de cette situation,
parce que nous manquons de solidarité. Certains
d'entre nous ont la manie de se la jouer perso et de
croire que le malheur n'arrive qu'aux autres, de se
faire les porte-voix de nos détracteurs. Au lieu de
constituer un lobby pour défendre les intérêts de
Mayotte, ils ne cherchent qu'à plaire, prêts à vendre
pères et mères, pour espérer mériter quelques miettes
et autres "matsembés". (...) C'est ainsi qu'ils [les
wazungu] nous battent à plates coutures puisque