Que Dieu vous protège et vous accorde ses bienfaits ici-bas et dans l'au-delà.
J'ai souhaité, une fois encore, m'entretenir aujourd'hui avec vous, comme j'ai pris l'habitude de le faire, à chaque moment important de la vie de la Nation.
Aujourd'hui, je sais que vous attendez avec impatience, la suite que j'entends donner au référendum sur la réforme de nos institutions.
Je suis conscient de votre attente et du doute de certains d'entre vous, à propos de la date de cette consultation.
Je voudrais vous assurer que nous irons inéluctablement vers les changements importants dont dépendent l'évolution et la vie de notre pays pour les années à venir.
Toutefois, je dois vous demander de patienter encore et de m'en laisser le temps nécessaire.
Cette patience, je vous l'ai demandé lorsque j'ai appelé à la libération de l'Ile d'Anjouan alors que certain n'y croyaient pas, que d'autre encore manifestaient leur impatience et que d'autre enfin, les détracteurs et les rebelles eux-mêmes, disaient qu'on tardait à agir, se demandant en raillant, si on y allait à dos de chameau.
La population s'impatientait alors. Mais j'ai pris le temps qu'il fallait pour réussir cette opération. Vous n'avez pas regretté votre patience et votre confiance en moi
Aujourd'hui, il y a une similitude des situations. Je ne souhaite pas que les changements projetés échouent. C'est pourquoi, je souhaiterais prendre le temps d'examiner les propositions émises concernant l'avant projet que je soumis à tous.
En effet, des propositions pertinentes, que j'ai acceptées, ont été suggérés pour améliorer cet avant projet. Ainsi, si les changements sont inéluctables, ils doivent intervenir en temps et en heure.
Je sais que vous attendez de moi que je vous dise le sort de l'avant projet et que je vous annonce la date du référendum. Toutefois, compte tenu des responsabilités qui sont les miennes, je souhaite que la réforme de nos institutions intervienne dans un climat apaisé, afin qu'elle apporte de vrais solutions à nos problèmes. C'est pourquoi, je vous demande de patienter encore.
Je vous demande d'autant plus cette patience, que nous allons accueillir, dans les jours qui viennent, une honorable délégation en provenance de la Tanzanie, conduite par le Président de ce pays frère.
En effet, je ne souhaite pas que notre politique intérieur interfère avec ce grand événement.
J'invite ainsi les comoriennes et les comoriens, à faire honneur à nos hôtes tanzaniens, avec qui nous partageons la culture, l'amitié et des valeurs de paix et de bon voisinage et qui ont aidé à recouvrer l'intégrité de notre pays.
Je vous demande donc d'accueillir d'abord nos hôtes avec toute la dignité requise et de leur réserver un accueil mérité, un accueil à la comorienne.
Je vous demanderais ensuite, de me donner le temps de terminer les consultations que j'ai entamées, car le sujet du référendum est d'importance.
Je sais que la majorité des comoriens désirent les changements que j'ai proposés et que d'autres encore souhaitent le maintien du statu quo. Mais, comme je l'ai dit, je n'ai pas fini mes consultations.
En effet j'ai invité les Présidents des Iles à venir me rencontrer lundi afin que je puisse les écouter, une fois encore, et recueillir leur avis.
Mes chers compatriotes,
Je reste convaincu que le référendum reste la meilleure voie pour modifier notre constitution.
Je sais que la constitution me donne le droit d'en prendre l'initiative et je sais également que je le regretterais toute ma vie si je ne le faisais pas, sachant que la réforme de nos institutions est une des solutions à nos problèmes.
Je vous demande donc de m'accordez la même confiance, le même soutien et les mêmes prières que vous m'avez accordés lors du débarquement d'Anjouan car cette fois, comme à l'époque, il s'agit de trouver des remèdes aux maux dont souffre notre pays.
Mais sachez qu'il y ceux qui ne souhaitent que du bien pour ce pays.
Pour ma part, j'ai toujours suivi la voie légale. Si je ne le fais pas et que ceux qui en ont la compétence, me le disent je me conforme à la légalité. C'est ainsi que je me suis toujours soumis aux arrêts de la Cour Constitutionnelle.
Certains me dénient le droit de modifier la constitution. Je vous dis que cela n'est pas exact.
Lisez l'article 3 de la Constitution : "La souveraineté appartient au peuple qui l'exerce, dans chaque île et dans l'ensemble de l'Union, par ses représentants élus ou par la voie du référendum. Aucun groupement ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice".
Cela signifie que le vrai pouvoir appartient au peuple et que lui seul peut trancher sur les changements, par voie référendaire.
L'article 37 de la Constitution dispose par ailleurs que "L'initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment au Président de l'Union et au moins un tiers des membres de l'Assemblée de l'Union. Pour être adopté, le projet ou la proposition de révision doit être approuvé par les deux tiers du nombre total des membres de l'Assemblée de l'Union ainsi que par les deux tiers du nombre total des membres des Assemblées des Iles ou par référendum".
Ainsi, je ne comprends pas ceux qui me disent que je ne respecte pas la constitution.
Certes le même article dispose qu'"Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu'il est porté atteinte à l'unité du territoire et à l'intangibilité des frontières internationalement reconnues de l'Union ainsi qu'à l'autonomie des îles".
Toutefois les changements que je propose ne concernent pas ces sujets.
Je voudrais ainsi vous rassurer tous, notamment les gens instruits : je ne fais que suivre la légalité pour faire de notre pays, un pays de démocratie non régi par la force ou les armes, ni par d'autre voie que celle acceptée par le peuple. Par contre le refus du référendum n'est pas légal.
Citoyens de l'intérieure et de la diaspora,
L'idée de la révision constitutionnelle m'est venue après la libération de l'Ile d'Anjouan.
Cette constitution n'était pas faite dans l'intérêt du pays et porte en elle de nombreux dysfonctionnement dont l'existence de quatre présidents, quatre parlements, quatre gouvernements et quatre constitutions.
La preuve est désormais faite, notamment par les incessants conflits de compétences entre les gouvernements des îles et celui de l'Union.
Au nom de la Nation, du pays, de l'Islam, pouvons-nous nous permettre de tenir tous les ans des élections qui nécessitent du temps, de l'énergie et de grands moyens financiers ?
Nous avons voté en 2006 pour les présidentielles de l'Union, en 2007 pour les Présidents de Mwali et de Ngazidja, en 2008 pour le Président de Ndzouani. En 2009 nous devons élire l'Assemblée de l'Union et, à nouveau, en 2010, le Président de l'Union pour revenir à Ngazidja et Mwali en 2012, à Ndzouani en 2013 et renouer avec l'élection du président de l'Union en 2014. Nous ne devons pas ainsi fermer les yeux.
Voilà une des raisons qui justifient la révision de notre constitution. Si quelqu'un a d'autres propositions pour résoudre le problème de la multiplicité de nos institutions et de la fréquence de nos élections, qu'il les fasse.
Lors de la conférence intercomorienne et après, un seul sujet a semblé préoccuper les gens : le mandat de l'actuel Président de l'Union.
J'ai en effet proposé l'harmonisation à cinq ans, de l'ensemble des mandats, permettant ainsi de ne tenir que deux élections en 5 ans.
On m'a alors prêté l'intention de vouloir prolonger mon mandat comme cela se pratique dans d'autres pays du monde. Je vous prends à témoin que telle n'est pas mon intention. Si tel était le cas, pourquoi ne vous aurais-je pas demandé la possibilité de renouveler mon mandat ?
Que l'harmonisation des mandats à cinq ans me donne une année de plus, je n'en disconviens pas. Mais je suis tout aussi disposé à retenir le mandat de 4 ans pour vous prouver que ce n'est pas la prolongation de mon mandat qui me préoccupe. Otez donc de vos idées, que je souhaite avoir un an de plus car, sincèrement, je cherche une solution aux problèmes qui se posent à notre pays pour qui je suis prêt à verser mon sang afin qu'il vive mieux.
Dès lors, j'invite les autres à penser d'abord aux intérêts du pays avant les leurs.
Mes chers compatriotes,
Je dois prendre des décisions importantes dans les jours qui viennent et choisir la meilleure solution pour notre pays :
► Retirer le projet de révision constitutionnelle ? Ce n'est pas une solution.
► Tenir les élections du Président de l'Union en 2010, en même temps que celle des Présidents des îles et laisser ainsi la présidence tournante aller à Mwali ?
► Ou décider de tenir ces mêmes élections en en 2011, 2012 ou 2013 ?
En tous les cas, il me faudra prendre une décision pour harmoniser les mandats et réduire la fréquence et le coût des élections. Mes consultations des jours à venir, me permettront de prendre la décision adéquate. La vie des comoriens dépend de ces réformes.
Je ne suis pas de ceux qui considèrent la politique comme l'art du mensonge et de l'hypocrisie.
Mes chers compatriotes,
Un autre défi nous attend : la France souhaite faire du territoire comorien de Mayotte un département français.
C'est une initiative que nous devons condamner. Je sais que vous êtes derrière moi sur ce sujet et que la communauté internationale est avec nous.
Toutefois nous devons revendiquer dans la paix.
L'Union Africaine a condamné le référendum français à Mayotte. D'autres organisations et de hautes personnalités prendront position dans les jours qui viennent.
Nous devons, pour notre part, parler à la France, le langage qu'elle comprend : celle du droit et de la civilisation.
Je voudrais ainsi dire aux français une chose que je ne leur ai dite : faites d'abord un référendum en France sur le sujet.
En effet, Mayotte est comorienne et l'a toujours été. D'ailleurs, la capitale des Comores s'y trouvait.
Les Mahorais ne seront jamais des français à part entière. Ils auront leurs papiers mais resteront toujours des comoriens.
La question « souhaitez vous que Mayotte devienne française » doit être posée au peuple libre de France, pas aux Mahorais sous la colonisation et qui, par conséquent, ne sont pas libres.
Je le dis par la voix de la sagesse et de la paix, qui constituent notre bravoure et notre patriotisme car Mayotte française, cela n'a aucune signification pour nous. Ainsi nous savons d'avance les résultats du référendum : ils sont nuls et non avenus.
Mayotte française ? Si ce référendum se tenait en France, je suis certain que le peuple français ne l'accepterait pas.
Comoriens de l'intérieur et de la diaspora,
J'ai voulu m'entretenir avec vous sur ces défis. Nous avons pu ensemble libérer l'île d'Anjouan. Nous devons nous unir pour affronter le défi de la réforme de nos institutions et celui de la libération totale de notre pays. Je sais de quoi je parle.
Mes chers compatriotes,
J'ai de l'affection pour vous et je sais que c'est réciproque. Je vous demande alors de me faire confiance.
Ce pays a des ennemis puissant à l'extérieur que nous ne devons pas laisser faire si nous voulons nous en sortir, renforcer notre unité et éviter l'éclatement de notre pays.
Pour terminer, je voudrais vous redire toute ma fierté pour l'accueil chaleureux et l'hospitalité généreuse que vous réservez à nos hôtes étrangers. Cela honore notre pays et lui donne une bonne image.
Je vous en remercie.
Que la Paix et la bénédiction de Dieu soient sur vous.



